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14 juillet 2021 3 14 /07 /juillet /2021 15:57

L'édition des Rencontres Philosophiques d'Uriage sur le thème "Prisonniers du temps ?" initialement prévue en 2020 est reportée cet automne 2021 du 8 au 10 octobre.

Le programme est en cours de finalisation mais vous pourrez le retrouver sur le site des Rencontres qui s'est refait une beauté !

 

http://www.rencontres-philosophiques-uriage.fr/

 

Ci-dessous une présentation du thème et l'affiche.

 

La modernité se confond avec la vitesse et la vie moderne est en constante accélération. Jamais auparavant les moyens permettant de gagner du temps n’ont été aussi performants, grâce notamment aux moyens de transports et aux nouvelles technologies de l’information et de la communication. Et pourtant, jamais l’impression de manquer de temps n’a été si répandue, comme si nous n’étions plus maîtres de notre temps et de la manière d’en jouir. Il y a là un paradoxe étonnant : alors que l’accélération aurait dû libérer du temps et ralentir la pression temporelle, nous sommes en réalité pressés et accablés par la multiplicité des tâches. Dans toutes les sociétés occidentales, les individus souffrent du manque de temps et ont le sentiment de devoir courir toujours plus vite, de tout faire en urgence, non par pour accomplir plus de choses ou trouver une forme supérieure d’accomplissement, mais simplement pour pouvoir s’acquitter de leurs tâches et activités quotidiennes, parfois en pure perte. Pourquoi le temps nous échappe-t-il ainsi ? Comment comprendre cette nouvelle contrainte temporelle qui pèse sur l’individu et les sociétés ?
Qu’est-ce qui rend si pressé, si hors de lui, le lapin d’Alice au pays des merveilles ? L’urgence des instants qui se succèdent inlassablement en emportant ce que nous aspirions à être ? Ou la contrainte de la mesure par laquelle nous prétendons domestiquer le temps pour en faire un usage constructif et que la montre inséparable du lapin symbolise ? Ou les deux ? Mais alors il faudrait reconnaître que notre tentative de maîtrise du temps par la mesure quantitative est un échec tout à fait pernicieux : la mesure humaine ajoute à l’inexorable dépossession de soi la contrainte d’une construction orientée non par nous-mêmes mais par tel ou tel intérêt qui organise et finalise la durée. Ce fut longtemps le rythme de la nature avec ses saisons et ses terribles imprévus, ce fut longtemps aussi l’Église qui ordonne toute vie à une dimension éternelle, c’est aujourd’hui l’optimisation du profit qui prend la forme du culte de l’efficacité, de la rapidité, de l’indéfinie nouveauté et de la chasse aux « temps morts ».
Notre modernité ainsi trouve son illustration dans les exemples les plus spectaculaires de cette chasse aux temps morts. L’hyper taylorisation du travail actuel s’étend en effet peu à peu à tous les secteurs de la vie humaine : évoquons les arguments prétendument arithmétiques et d’un apparent bon sens enfantin avancés dans le débat français sur la « coûteuse » durée de la retraite ; évoquons les propositions « alléchantes » de découvrir le monde méditerranéen en 15 jours éclairés quotidiennement par les meilleurs spécialistes ou de faire en 10 jours sur les traces de Magellan le tour de la Terre de Feu ; évoquons aussi le régime d’urgence sous lequel nous vivons désormais, de l’hebdomadaire « alerte » météo au rappel de l’imminente catastrophe climatique, aussi lancinant que de peu d’effet ; évoquons enfin le désintérêt croissant pour la transmission, notamment fût-elle e simplement celle permise par l’éducation aux générations qui nous succèdent physique avec la natalité.
Chaque homme est peut-être un lapin de Lewis Carroll que la considération du temps interroge parce que la puissance de celui-ci est un défi, peut-être le défi premier de toute existence consciente d’elle-même : comment réussir à s’affirmer dans l’être, par quel usage du temps et selon quelles limites échapper à l’évanescence ? En cette recherche, que faire et que penser des mesures collectives qui, en prétendant homogénéiser et rendre consistant un monde pluriel, ne font, dans l’anxiété et souvent l’échec pour la plupart, que déposséder chacun de la seule chose qui lui soit impartie, une durée de vie ?
À l’horizon de ce questionnement initialement existentiel, la recherche sans doute métaphysique de l’être possible de l’homme comme du mode de réalité du temps lui-même. Il ne nous échappera pas cependant qu’elle entrelace l’interrogation morale portée par les vieilles sagesses antiques d’un côté – celle de la vie bonne - et de l’autre les exigences politiques d’une société accédant à l’autonomie terrestre – celles d’une appropriation commune des mesures du temps.
En cette période déroutante où le cours ordinaire de nos vies a été suspendu par des confinements successifs, méditer et philosopher sur le temps s'avère plus que nécessaire !
 
Chouette 1

 

Rencontres Philosophiques d'Uriage - Prisonniers du temps ?
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18 juin 2021 5 18 /06 /juin /2021 09:14

Nous vous proposons une rencontre avec Fabienne Martin-Juchat autour de son ouvrage "L'aventure du corps" édité aux Presses Universitaires de Grenoble (PUG) dans la collection "Rien d'impossible" dirigée par Thierry Ménissier.

Vendredi 25 juin à 18h à la Librairie Arthaud de Grenoble

 

https://www.librairie-arthaud.fr/agenda-100829/rencontre-avec-fabienne-martin-juchat/

 

https://www.pug.fr/produit/1880/9782706149351/l-aventure-du-corps

 

Fabienne Martin-Juchat est anthropologue de la communication corporelle et émotionnelle, docteure en sciences du langage et professeure en sciences de l'information et de la communication à l'Université Grenoble-Alpes.

Le corps et la communication corporelle au centre de la construction de l'identité humaine. Cet ouvrage propose une réflexion engagée à partir de recherches en anthropologie du corps et des émotions. La connaissance du corps, nécessaire pour l'émancipation, repose sur un dialogue entre la connaissance réflexive et la pratique des arts corporels, notamment ceux qui engagent le toucher. La crise sanitaire du COVID-19, en perturbant les usages sociaux qui impliquent la proximité avec autrui et favorisent la communication corporelle, paraissent menacer ces derniers-comment les réinventer pour préserver la construction harmonieuse de l'identité? Ensuite, à rebours du nouveau culte voué au "dieu corps" , tant par les puissances du capitalisme que par les discours qui, en prétendant résister à ce dernier, constituent de nouveaux bastions, comment accorder au corps ce qui lui est nécessaire, sans s'enfermer dans un nouveau narcissisme ?

Rencontre avec Fabienne Martin-Juchat autour de son ouvrage "L'aventure du corps"
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22 mars 2021 1 22 /03 /mars /2021 17:47
Dans le cadre de « l’espace philo » et en collaboration avec l'UIAD Vercors
 
             Conférence de Thierry Vincent, psychiatre, psychanalyste et écrivain
 
                       "Les distances de l'autre: du virtuel au distanciel"
 
                                     Vendredi 26 mars à 18h

Une réflexion salutaire sur la manière dont la crise sanitaire et la révolution numérique changent nos relations à l'autre, en le mettant à distance..

- Cliquer sur le lien suivant pour vous inscrire comme participant ( nombre limité, ne pas tarder) :

  • - Cliquer sur le lien suivant pour vous inscrire comme participant ( nombre limité, ne pas tarder) :
S'INSCRIRE

Vous serez dirigé sur la page d’inscription correspondante.
  • 2 - remplir tous les champs du questionnaire : Prénom, nom, adresse e-mail (2x) et cliquer sur "S'inscrire"
  • 3 - Le lien pour joindre la conférence est affiché, et un message de confirmation est envoyé à l'adresse que vous avez indiquée dans le formulaire.
Ce message indique comment participer à la réunion à partir d'un PC, Mac, iPad, iPhone ou appareil Android.
  • 4 - Le jour J, un peu avant 18h, il suffira de prendre le message de confirmation et de cliquer sur "Cliquez ici pour participer"
Remarque : Ce lien ne doit pas être partagé ; il vous est réservé pour une connexion unique. Noter bien le code secret qui pourra vous être demandé. Vous aurez aussi à installer un programme (ou le réinstaller à la dernière version) : pour cela suivre les instructions.
Conférence de Thierry Vincent - "Les distances de l'autre: du virtuel au distanciel"
Conférence de Thierry Vincent - "Les distances de l'autre: du virtuel au distanciel"
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4 mars 2021 4 04 /03 /mars /2021 16:29

La SAP vous propose une conférence de Thierry Ménissier

Professeur des Universités en philosophie, membre de l’Institut de Philosophie (IPhiG) de l’Université Grenoble Alpes.   

Ses recherches portent sur les transformations de l’éthique publique et sur l’innovation technologique et sociale. Il est depuis 2019 responsable de la chaire de recherche « éthique&IA »

 

Penser philosophiquement l’innovation, de l’économie capitaliste à une éthique des sociétés en transition


Jeudi 18 mars à 18h en visioconférence

 

Pour participer à la réunion Zoom
https://grenoble-inp.zoom.us/j/95625378501

ID de réunion : 956 2537 8501
Code secret : 129099

 

 

Conférence - Penser philosophiquement l’innovation, de l’économie capitaliste à une éthique des sociétés en transition
Conférence - Penser philosophiquement l’innovation, de l’économie capitaliste à une éthique des sociétés en transition
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20 février 2021 6 20 /02 /février /2021 12:50

En attendant la reprise de notre cycle de Ciné-Philo consacré à la folie avec la Cinémathèque de Grenoble, la Société Alpine de Philosophie vous propose une première conférence à distance:

Dans le cadre de « l’espace philo » et en collaboration avec l'UIAD Vercors

Conférence d’Arnaud Sorosina, professeur agrégé de philosophie au lycée Champollion, chargé de cours à l’Université Grenoble Alpes (UGA)

"La vie comme littérature, ou pourquoi l'art nous rend plus vivant"

Vendredi 26 février à 18h30


Veuillez vous inscrire en cliquant sur le lien suivant :
https://us02web.zoom.us/meeting/register/tZcuduygpzktGtMMFt94172HGIs-1LDsQuk5

Après votre inscription, vous recevrez un e-mail de confirmation contenant les instructions pour rejoindre la réunion.

Conférence "la vie comme littérature, ou pourquoi l'art nous rend plus vivant" -Arnaud Sorosina
Conférence "la vie comme littérature, ou pourquoi l'art nous rend plus vivant" -Arnaud Sorosina
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11 janvier 2021 1 11 /01 /janvier /2021 10:56

Les membres du bureau vous souhaitent une belle année 2021 et surtout une excellente santé compte tenu de la période que nous traversons.

 

Nos activités sont bien évidemment suspendues pour le moment et nous espérons les reprendre au plus vite. Suivant l’évolution des conditions sanitaires, nous vous proposons un programme toujours susceptible d’évoluer avec notamment certaines manifestations qui pourront avoir lieu en visioconférence.

 

 

Programme Saison 2021
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4 octobre 2020 7 04 /10 /octobre /2020 17:41

Cycle Ciné-Philo 2020-2021

 

Présentation

Accueilli depuis l’an dernier par la Cinémathèque, le programme Cinéphilo est organisé par les départements de philosophie et d’études cinématographiques de l’Université Grenoble Alpes, ainsi que par la Société Alpine de Philosophie, qui depuis des décennies à présent diffuse la philosophie dans la société civile grenobloise (notamment via les Rencontres philosophiques d’Uriage). En d’autres termes, des spécialistes de cinéma et de philosophie unissent leurs efforts pour créer un événement qui tardait à se constituer à Grenoble : un cycle de philosophie au cinéma. Car la chose n’est plus à démontrer : le cinéma est aussi un endroit où on pense, même si cette pensée prend d’autres voies que celle du discours argumenté… ce qui donne d’autant plus à penser !

Le programme des séances se décline à partir d’une notion philosophique, chaque film donnant lieu à une brève présentation croisée des spécialistes de chaque discipline et à une discussion avec la salle à la fin de la séance. 

Après nous être penchés l’an dernier sur le Pouvoir, c’est cette année la Folie qui nous servira de fil rouge – sans qu’il faille inférer d’autre relation que chronologique entre ces deux thématiques bien évidemment. La programmation mettra en lumière l’ambivalence troublante de cette expérience des confins, susceptible de la faire basculer dans la violence destructrice ou dans la voie créatrice de l’art. 

Au premier semestre, la programmation explore le versant le plus sombre de la folie. Le premier, Fight club, de David Fincher (1999), s’installe de plain-pied dans le délire schizophrénique, et se fait ainsi le révélateur d’une violence sous-jacente aux relations sociales. Le troisième, Shock corridor, de Samuel Fuller (1963), se concentre sur la question de l’enfermement depuis l’expérience volontaire d’un enquêteur. Entre les deux, le documentaire de Nicolas Philibert, La moindre des choses (1996), ouvrira néanmoins la promesse d’un vécu apaisé de la maladie mentale via la thérapeutique originale de la célèbre clinique de La Borde.

 

Programme

- 1ère séance: le 12/10 - Fight club de David Fincher (1999)

- 2ème séance: le 9/11- La moindre des choses, documentaire de Philibert - Séance reportée à une date ultérieure du fait du couvre-feu.

- 3ème séance: le 07/12 - Shock corridor de Samuel Fuller (1963)

- 4ème séance (date à déterminer)- Van Gogh de Maurice Pialat (1991)

- 5ème séance (date à déterminer)- Un ange à ma table de Jane Campion (1990)

Cycle Ciné-philo - La folie
Cycle Ciné-philo - La folie
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22 septembre 2020 2 22 /09 /septembre /2020 09:53
Message de notre présidente, Anne Eyssidieux :
 
"Nous avons décidé de reporter l’édition 2020 des Rencontres Philosophiques d’Uriage sur le thème « Prisonniers du temps ? » qui aura donc lieu les 8-9-10 octobre 2021.
 
C'est à regret que nous avons dû prendre cette décision, mais la situation exceptionnelle que nous traversons et les nouvelles contraintes sanitaires qui s'imposent à nous ne nous permettent pas d’organiser un grand rassemblement public qui préserve la convivialité habituelle des Rencontres. Le département de l’Isère étant passé en rouge, l'annulation était quasiment inéluctable...
 
Mais ce n’est que partie remise et nous travaillons dès à présent à ce que l’édition 2021 soit une belle réussite !
 
Nous vous tiendrons informés de l'avancée du programme sur le site des Rencontres :
La SAP continue néanmoins ses activités et vous proposera très prochainement un cycle Ciné-Philo sur le thème de "La folie" ainsi que des conférences et présentations de livre qui pourront se tenir en live ou par visio-conférence sinon !"
 
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18 septembre 2020 5 18 /09 /septembre /2020 07:36

En marge des activités de la SAP, une manifestation organisée par notre ancien Président Thierry Ménissier.

Cher.es collègues,
cher.es étudiant.es,
Mesdames et Messieurs,
 
Nous avons le plaisir de vous inviter au séminaire Philosophie des techniques organisé dans le cadre de l'Institut Philosophique de Grenoble (IPhiG, Université Grenoble Alpes).
 
La première séance de la saison aura lieu mardi 22 septembre :
 
Céline Bonicco-Donato (ENSAG, Grenoble) interviendra sur
 
 
(à partir de son ouvrage Heidegger et la question de l'habiter. Une philosophie de l'architecture, Éditions Parenthèses, 2019).
 
Comme les conditions sanitaires le permettent, et dans le respect de celles-ci*, la séance a physiquement lieu sur le campus universitaire grenoblois à la Maison de la Création de l'Innovation (MaCI), salle 208, de 17 à 19 h. L'entrée est libre et gratuite.
 
Toutefois, il est possible de participer à la séance à distance par le biais de la plateforme Zoom : le lien et les identifiants de connexion sont donnés ci-après. Il n'y a pas besoin d'inscription numérique préalable, il suffit pour accéder à la conférence via une salle d'attente numérique qui vous est directement ouverte,de se connecter et de suivre les instructions portées à l'écran.
 
Nous serions heureux si vous diffusiez largement cette annonce aux personnes que vous savez intéressées par cette conférence, en particulier les étudiant.es et doctorant.es.
Vous remerciant de votre attention, très cordialement.
 
(* Espaces aérés aux maximum, port obligatoire du masque, respect d'une distance d'au moins un mètre entre les personnes.)
 
Pour information, les deux prochaines séances :
 
- 6 octobre : Bernadette Bensaude-Vincent (Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, émérite) : "Temps des crises ou crise du temps"
 
- 10 novembre : Pierre Musso (Université Renne 2, honoraire et Professeur associé à Telecom Paris) : "Techno-imaginaire et religion industrielle" .
 
.


 

Thierry MENISSIER vous invite à une réunion Zoom planifiée.

Sujet : Séminaire Philosophie des techniques, IPhiG, 2020-2021.1
Heure : 22 sept. 2020 05:00 PM Paris

Participer à la réunion Zoom
https://grenoble-inp.zoom.us/j/96836608636

ID de réunion : 968 3660 8636
Code secret : 436321
Une seule touche sur l’appareil mobile
+33170372246,,96836608636#,,,,,,0#,,436321# France

Composez un numéro en fonction de votre emplacement
        +33 1 7037 2246 France
ID de réunion : 968 3660 8636
Code secret : 436321
Trouvez votre numéro local : https://grenoble-inp.zoom.us/u/aNPRwZFFG

Participer à l’aide d’un protocole SIP
96836608636@zoomcrc.com

Participer à l’aide d’un protocole H.323
162.255.37.11 (États-Unis (Ouest))
162.255.36.11 (États-Unis (Est))
213.19.144.110 (Amsterdam
 Pays-Bas)
213.244.140.110 (Allemagne)
Code secret : 436321
ID de réunion : 968 3660 8636

 

 

 

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27 juillet 2020 1 27 /07 /juillet /2020 11:00

Malgré l'épidémie, les Rencontres Philosophiques d'Uriage auront bien lieu Du Vendredi 9 au Dimanche 11 octobre 2020 (programme à venir) sur le thème :

 

« Prisonniers du temps ? »

 

Plus d'informations sur le site des RPU :

http://www.rencontres-philosophiques-uriage.fr/pages/theme-2019.html

 

La modernité se confond avec la vitesse et la vie moderne est en constante accélération. Jamais auparavant les moyens permettant de gagner du temps n’ont été aussi performants, grâce notamment aux moyens de transports et aux nouvelles technologies de l’information et de la communication. Et pourtant, jamais l’impression de manquer de temps n’a été si répandue, comme si nous n’étions plus maîtres de notre temps et de la manière d’en jouir. Il y a là un paradoxe étonnant : alors que l’accélération aurait dû libérer du temps et ralentir la pression temporelle, nous sommes en réalité pressés et accablés par la multiplicité des tâches. Dans toutes les sociétés occidentales, les individus souffrent du manque de temps et ont le sentiment de devoir courir toujours plus vite, de tout faire en urgence, non par pour accomplir plus de choses ou trouver une forme supérieure d’accomplissement, mais simplement pour pouvoir s’acquitter de leurs tâches et activités quotidiennes, parfois en pure perte. Pourquoi le temps nous échappe-t-il ainsi ? Comment comprendre cette nouvelle contrainte temporelle qui pèse sur l’individu et les sociétés ?

Qu’est-ce qui rend si pressé, si hors de lui, le lapin d’Alice au pays des merveilles ? L’urgence des instants qui se succèdent inlassablement en emportant ce que nous aspirions à être ? Ou la contrainte de la mesure par laquelle nous prétendons domestiquer le temps pour en faire un usage constructif et que la montre inséparable du lapin symbolise ? Ou les deux ? Mais alors il faudrait reconnaître que notre tentative de maîtrise du temps par la mesure quantitative est un échec tout à fait pernicieux : la mesure humaine ajoute à l’inexorable dépossession de soi la contrainte d’une construction orientée non par nous-mêmes mais par tel ou tel intérêt qui organise et finalise la durée. Ce fut longtemps le rythme de la nature avec ses saisons et ses terribles imprévus, ce fut longtemps aussi l’Église qui ordonne toute vie à une dimension éternelle, c’est aujourd’hui l’optimisation du profit qui prend la forme du culte de l’efficacité, de la rapidité, de l’indéfinie nouveauté et de la chasse aux « temps morts ».

Notre modernité ainsi trouve son illustration dans les exemples les plus spectaculaires de cette chasse aux temps morts. L’hyper taylorisation du travail actuel s’étend en effet peu à peu à tous les secteurs de la vie humaine : évoquons les arguments prétendument arithmétiques et d’un apparent bon sens enfantin avancés dans le débat français sur la « coûteuse » durée de la retraite ; évoquons les propositions « alléchantes » de découvrir le monde méditerranéen en 15 jours éclairés quotidiennement par les meilleurs spécialistes ou de faire en 10 jours sur les traces de Magellan le tour de la Terre de Feu ; évoquons aussi le régime d’urgence sous lequel nous vivons désormais, de l’hebdomadaire « alerte » météo au rappel de l’imminente catastrophe climatique, aussi lancinant que de peu d’effet ; évoquons enfin le désintérêt croissant pour la transmission, fût-elle simplement celle permise par l’éducation aux générations qui nous succèdent.

Chaque homme est peut-être un lapin de Lewis Carroll que la considération du temps interroge parce que la puissance de celui-ci est un défi, peut-être le défi premier de toute existence consciente d’elle-même : comment réussir à s’affirmer dans l’être, par quel usage du temps et selon quelles limites échapper à l’évanescence ? En cette recherche, que faire et que penser des mesures collectives qui, en prétendant homogénéiser et rendre consistant un monde pluriel, ne font, dans l’anxiété et souvent l’échec pour la plupart, que déposséder chacun de la seule chose qui lui soit impartie, une durée de vie ?

À l’horizon de ce questionnement initialement existentiel, la recherche sans doute métaphysique de l’être possible de l’homme comme du mode de réalité du temps lui-même. Il ne nous échappera pas cependant qu’elle entrelace l’interrogation morale portée par les vieilles sagesses antiques d’un côté – celle de la vie bonne - et de l’autre les exigences politiques d’une société accédant à l’autonomie terrestre – celles d’une appropriation commune des mesures du temps.

 
Rencontres Philosophiques d'Uriage 2020 - Affiche et présentation du thème
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