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17 mai 2009 7 17 /05 /mai /2009 14:21
 




Présentation des séminaires de la Société alpine de philosophie

Thierry Ménissier



Je vous remercie d'avoir répondu nombreux à cette nouvelle invitation de la Société alpine de philosophie et je suis heureux de vous accueillir dans les locaux de l'UFR Sciences Humaines de l'Université Pierre Mendès France – Grenoble 2.

Avant toute autre chose, je commencerai par remercier le directeur de cette UFR, mon collègue et ami Philippe Saltel, MC HDR de philosophie moderne et morale, qui met gracieusement à notre disposition les locaux dont il a la responsabilité. Ce qui témoigne de son attachement à nos activités, qu'en tant que philosophe, Philippe, à vrai dire, a déjà eu plusieurs fois l'occasion de manifester. Et ce qui, en tant que directeur de l'UFR sciences humaines, atteste de sa haute idée des missions et de l'ouverture souhaitable pour l'Université, en des temps où cette dernière a bien besoin d'être guidée par des responsables qui ont une vision intellectuellement ambitieuse pour l'institution.

Je voudrais rapidement présenter les activités de notre association à ceux qui ne les connaissent pas, et rappeler à nos adhérents fidèles ou nouveaux les enjeux de nos manifestations, ou les buts que nous poursuivons avec la SAP.

Association Loi de 1901, elle est traditionnellement liée au Département de philosophie de l'UFR SH de l'UPMF. Le rôle essentiel des adhérents doit être souligné : en participant activement à l'AG de fin d'année universitaire, par l'élection du Président sur un programme « scientifique et public », ils contribuent aux orientations collectives des choix. Il importe donc d'adhérer en prenant la cotisation auprès de notre trésorier, Stéphane Hubac, ce qui permet de faire vivre l'association par vos contributions financières autant que par vos suffrages lors de l'AG, et, en général par vos avis.

Rigueur scientifique et ouverture à la société sont les deux impératifs de notre travail : deux impératifs à entendre dynamiquement : la plus grande rigueur scientifique et la plus grande ouverture à la société, en même temps.

Le rapport des deux impératifs conditionne à la fois le fond et la forme :
(1) réflexion sur des choix de thèmes importants pour la société et intellectuellement fécond (la croyance, la vérité, la barbarie, la philosophie et son histoire, la morale) ;
(2) sélection impitoyable (!) des intervenants, les plus pertinents possibles sur les thèmes choisis, tout en restant les plus abordables possibles ;
(3) variété des modes et des lieux d'intervention : bibliothèques municipales, lieux culturels intéressés par les débats publics.

On me demande souvent si ce que nous faisons est politique. Cela ne l'est pas, au sens politicien du terme : la SAP réunit des individus de tendance et de sensibilité politiques sûrement différentes, à vrai dire je n'en sais rien, car je constate qu'en plus de trois ans d'activité commune nous n'avons jamais parlé ensemble de politique. Mais ce que nous faisons est tout de même, et éminemment politique : je rappellerai ce que disait le grand Tocqueville à propos des démocraties naissantes aux USA et en France, dans les années 1840 : les sociétés démocratiques, qui ne sont plus soumises à des valeurs imposées par la tradition, n'ont tout simplement pas le choix, vis-à-vis du débat public – elles sont obligées, de par leur indétermination même quant aux valeurs et aux principes, de cultiver le débat public, critique des préjugés et régénérateur de l'intérêt public. Ainsi l'engagement dans des associations, explique l'auteur de La démocratie en Amérique, permet-il de donner à chacun le goût de la discussion et l'engagement. Selon le diagnostic de Tocqueville, qui se pose sur ce point en héritier de la philosophie des Lumières, selon un diagnostic que je partage tout à fait, il n'y a pas de liberté publique sans individu capables de réfléchir en se posant les bonnes questions, à défaut d'avoir les réponses à toutes les questions. Par conséquent, ce que nous faisons à la sap, j'estime que c'est doublement politique : sur le fond comme sur la forme. C'est dans cet esprit que je vous invite aujourd'hui à réfléchir sur le thème de l'argent.

Mais avant d'en venir à la présentation du thème proprement dit, je veux dire un mot de la forme choisie, le « séminaire ». Elle est nouvelle pour nous, qui avons travaillé jusqu'à présent selon la forme du cours ou de l'atelier philosophique à raison d'une intervention suivie d'un débat par mois. Vous avez été nombreux, fidèles adhérents, à demander une évolution vers des formes nous permettant de passer ensemble autour de la réflexion davantage de temps, par exemple sous forme de stages. La formule du séminaire saisonnier me semble susceptible de prendre cette attente en compte : il s'agit d'un mini-colloque, d'une journée d'étude composée pour moitié du propos substantiel de conférenciers invités, pour moitié de questionnement et de réflexions communes.

J'ajouterai une précision importante : le principe de ces séminaires (4 dans la saison) obéit aussi à la variété : celle des thèmes et celle des lieux. Nous voudrions « investir » les lieux culturels qui veulent bien de nous, dans un déplacement tout à fait philosophique. RV est pris le 28 février à l'Hexagone-Scène nationale de Meylan, grâce à la bienveillance de son directeur, Antoine Conjard et grâce au dynamisme intellectuel de son équipe, pour traiter du tragique. D'autres pistes sont explorées, avec je l'espère de nouvelles surprises quant au fond et à la forme, vous en saurez davantage bientôt – toutes les suggestions sont d'ailleurs et comme toujours les bienvenues.

Enfin, je dirais un mot plus précis pour ceux qui nous rejoignent et découvrent notre manière de procéder – notre bizarre manière de procéder. Car enfin, si nous nous intéressons à tout, nous ne sommes ici spécialistes de rien. Situation extrêmement étrange, et tout à fait désagréable par son manque de légitimité, à une époque qui paraît saturée par la parole autorisée des experts. Mais précisément, nous voulons tenir cette position dérangeante. En un mot, nous assumons ici la manière socratique de philosopher, nous socratisons. Aux spécialistes, aux experts, Socrate, au coeur de la première démocratie dont l'histoire humaine se souvient, adressait ses questions générales, avec une ironie qui contient tout un programme de vérité. Une telle ironie est la condition pour se faire une idée neuve des choses, en remettant aussi en cause toutes les opinions et représentations habituelles qui s'attachent aux choses dont on parle. En adaptant à notre propos la pugnacité socratique – Socrate ne relâche jamais son questionnement – nous voudrions retrouver cette qualité de généralité, essentielle à la formation du jugement individuel, dans cette nouvelle aventure des séminaires. Mais ici nous voulons éviter un autre écueil : celui du « populisme de l'esprit », qui se nourrit de la dangereuse illusion selon laquelle notre monde si complexe serait accessible ou compréhensible sans aucune formation spécialisée, ni surtout sans aucune étude. C'est pourquoi, paradoxalement, au plus loin de tout pénible « populisme de l'esprit », nous nous tournerons vers les spécialistes une fois la généralité atteinte : si chacun pouvait rentrer chez lui avec l'idée qu'il va se mettre ou se mettre à lire de l'économie, notre but serait atteint !

(Dans cet espoir, une bibliographie d'approfondissement vous est distribuée, en grande partie constituée par les intervenants eux-mêmes).

Dans cet esprit, il faut bien reconnaître que nous avons mis la barre assez haut, avec ce premier thème soumis à notre réflexion : l'argent – difficile en effet de se donner un objet à la fois plus saturé par la parole des experts, et plus pollué par les opinions plus ou moins rationnelles et fondées. Sur ce thème, notre position bizarre se trouve pour ainsi dire à son maximum possible : nous qui voulons nous pencher sur le thème de l'argent, nous ne sommes pas du tout spécialistes d'économie, pourtant le thème, par son urgence, attire irrésistiblement notre curiosité philosophique. On se doute qu'il recouvre des enjeux tout à fait fondamentaux pour l'existence humaine, et c'est à ce titre qu'il nous intéresse. Une précision, toutefois : nous avons arrêté notre choix avant qu'éclate la crise financière mondiale ; cette précision est importante pour notre propos, qui n'est pas, qui ne peut pas être, et qui ne veut pas être focalisé sur l'actualité. Évidemment, en l'occurrence, impossible de ne pas penser, de ne pas se référer à la situation actuelle. Mais il me semble que nous commettrions une erreur considérable en nous concentrant sur la crise actuelle au détriment des aspects philosophiques plus généraux. Je prends même le pari inverse : l'attention précise aux questions générales, dans notre époque où il faut tout repenser et se poser les bonnes questions, est une voie intéressante si l'on cherche des solutions particulières.

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