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22 mai 2012 2 22 /05 /mai /2012 05:08

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Nous avons le plaisir de vous annoncer les prochaines Rencontres :

 

12-14 octobre 2012


Le philosophe et la santé


 

Les Rencontres Philosophiques d’Uriage, qui connaîtront en 2012 leur troisième édition, ont forgé leur idée directrice à partir d’une interrogation centrée sur la question de l’homme aujourd’hui, dans un équilibre recherché à la fois entre la pensée et l’action, entre le patrimoine et l’actualité, enfin entre le réel et le possible. Avec cette manifestation, il s'agit de mettre en présence les philosophes et le public, dans un site particulier, qui fut par le passé traversé par les contradictions de son époque. Des conférences plénières sont encadrées par des tables rondes et par des ateliers philosophiques. A la fin du festival, un Prix des Rencontres Philosophiques est remis par le Jury, composé d'adhérents de la Société alpine de philosophie. Les sujets des deux premières éditions : "Les promesses du futur" (2010), "La justice - aux sources du juste" (2011). Les lauréats du Prix ont été en 2010 Yves Michaud (Qu'est-ce que le mérite ?) et en 2011 Daniel Innerarity (Eloge de l'hospitalité). Le lauréat du Prix est invité à l'édition suivante pour une conférence "Regard philosophique sur l'année écoulée".

 

            La tradition qui relie l'activité philosophique et la réflexion sur la santé est ancienne, et demeure d'un intérêt majeur. En effet, à la vieille promesse d'une vie philosophique de "grande santé" se sont ajoutées, dans la période contemporaine, des orientations nouvelles et originales.

            Concernant cette promesse, elle se confond même avec la naissance de la philosophie. On se souvient par exemple de Socrate ouvrant au jeune Charmide dans le dialogue éponyme la perspective de "soins de l'âme" que la philosophie platonicienne a entrepris ensuite d'approfondir et d'étendre à l'ensemble de l'éthique et de la politique. On peut également mentionner Descartes, dialoguant par lettres avec la Princesse Elisabeth dans un échange fameux dont l'objet premier est de soigner la neurasthénie de la souveraine exilée. Comment enfin ne pas évoquer la sentence d'Epicure affirmant : "Vaine est la parole d'un philosophe qui ne guérit aucune souffrance de l'homme". Les Rencontres d'Uriage offrent l'opportunité de revenir sur cette promesse : quelle santé est celle du philosophe ?

            La vocation des Rencontres Philosophiques d'Uriage est de rassembler des auteurs contemporains, philosophes ou experts d'autres savoirs ouverts au questionnement philosophique, afin de produire un événement conceptuel. Ce qui nous réunit et qui mobilise le public est la volonté d'examiner ou de forger collectivement les catégories intellectuelles qui permettent de juger et d'agir aujourd'hui. Or, aujourd'hui la santé n'apparaît pas comme un concept, mais comme un domaine, un champ, voire une revendication. De nombreuses images obscurcissent également notre rapport intellectuel à la notion de santé. Ainsi, en fonction de la prégnance du modèle économique, apparaît-elle aujourd'hui comme un "capital" - quand bien même nul ne peut dire ce qu'il capitalise, ni comment la (re)capitaliser.  Dans ces conditions, le premier enjeu de cette édition des Rencontres d'Uriage sera de tâcher de reconceptualiser la notion de santé - voire de parvenir à définir ce terme.

            Une hypothèse importante que nous formulons dans cette démarche est que le concept de santé, "de nature polysémique...concerne à la fois l'homme et le monde qu'il habite"[1]. Il ne peut par conséquent apparaître en-dehors de facteurs qui tous sont à la fois intrinsèques et extrinsèques : physiologiques, sociaux, psychologiques, mais aussi économiques, politiques, moraux et religieux (et aussi relatifs à notre environnement naturel). Si, aux origines occidentales de l'acte médical, la démarche hippocratique a contribué à substituer l'homme à dieu, il est impossible d'émanciper totalement le premier par rapport à la nature. Par suite, l'interrogation philosophique sur la santé conduit à envisager les multiples aspects de ce que l'on peut appeler la nature humaine, dans ses relations complexes au monde.

            Privilégier l'approche conceptuelle conduit également à revenir sur la distinction entre normal et pathologique. Loin de constituer une césure nette, le rapport entre ces deux notions cardinales se présente comme une limite floue, qu'il faut réinterroger en enrichissant la réflexion théorique par le retour d'expérience des praticiens, médecins du corps, de l'âme, ou des deux à la fois. Longtemps héritiers à ce propos de la réflexion de Georges Canguilhem (La première édition de Le Normal et le pathologique date de 1943), où en sommes-nous aujourd'hui ? Comment se reconnaître dans une définition simple de la santé, alors que tout a bougé en termes de durée de la vie ou de la survie, et de qualité de vie ou de survie ? Une question fondamentale posée par cette approche semble être celle de savoir si et ce que l'on gagne à aborder la question de la santé à partir de la maladie. Si l'on inverse le processus de compréhension, quelle évolution subit la notion de santé ? Dans un registre comparable, quand on pense la santé, est-ce que l'on n'a pas tendance à se doter d'une représentation implicite et non questionnée de la vie elle-même ?

            Une piste riche pour le questionnement se dessine du fait des modifications dans le régime des sociétés actuelles : le mode de vie contemporain...est-il sain ? Comment aujourd'hui porter un diagnostic sur la santé de nos contemporains ? Que peut être une bonne santé dans l'univers de l'artifice, du médicament, de l'augmentation des performances du corps, de l'hyperactivité commerciale et de la vitesse ahurissante des connexions électroniques ? L'impératif de la (bonne) santé, n'est-ce pas une forme d'alibi pour l'économie capitaliste achevée ? De plus, dans un tel univers et compte tenu du progrès des connaissances et des techniques, il apparaît pertinent de questionner le rapport entre déterminisme physiologique et santé. Tandis que la génétique offre déjà des ressources considérables en matière de détection voire de prévention des maux, la connaissance scientifique (par exemple grâce aux neurosciences) peut-elle, à terme, parvenir à une prédétermination de la bonne ou de la mauvaise santé ? Par suite, n'y a-t-il pas ici comme le risque, ou du moins une  tentation d'évacuer le sujet, ou de redéfinir l'homme comme une série de performances physiologiques ? Ici, le débat entre la psychanalyse et les neurosciences, arbitré par la philosophie, s'annonce très passionnant.

            Par ailleurs, concernant les enjeux concrets contemporains impliqués par la notion de santé, nous sommes conduits à nous pencher sur les orientations actuelles en matière de politique de santé en fonction des thématiques de la philosophie morale contemporaine. Ainsi que l'a suggéré récemment le philosophe canadien Daniel Weinstock, la santé représente dans le cadre de la démocratie contemporaine un "type de bien" dont il faut préciser la valeur[2]. Dans une société obsédée par la gestion des risques et de plus en plus régie par un paradigme assurantiel, comment justifier les dépenses publiques de santé ? Plus généralement, sur le plan des principes éthiques, quel accès aux soins est valable dans le cadre d'une démocratie considérée, ainsi que l'a théorisé le philosophe Avishaï Margalit, comme "société décente" (à savoir une société qui par principe évite que ses membres subissent des humiliations)[3] ? Et du côté de l'organisation des services aussi bien qu'en matière d'éthique médicale, dans un référentiel de soin tenté par le paradigme de la sollicitude (care), quelle doctrine adopter pour les soins ?

            Une dernière piste à explorer concerne, à partir de l'histoire des systèmes de santé, la question des relations de pouvoirs qui se sont tissées par l'essor de la médecine publique puis en fonction du développement de la tension entre celle-ci et la médecine privée. Les hypothèses de Michel Foucault (singulièrement, grâce aux concepts de biopouvoir et de biopolitique) présentent l'intérêt d'agir comme révélatrices du contrôle qui s'effectue sous les formes du soin. Ici la question de la santé individuelle et publique recoupe celles, politiques autant que philosophiques, de la liberté et de la constitution du sujet.

 

Les Rencontres Philosophiques d'Uriage sont une coproduction de la Société alpine de philosophie, de l'Office du Tourisme Thermal d'Uriage et de la Mairie de Saint-Martin d'Uriage

 

 

Avec la participation


-         de l’Association des Professeurs de Philosophie de l’Enseignement Public (http://www.appep.net/).

-         des étudiants du Département de philosophie de l’UFR Sciences Humaines de l’Université Pierre Mendès France – Grenoble 2 (www.upmf-grenoble.fr/).

-         des librairies Decitre (http://www.decitre.fr/aide/nos-librairies/grenoble/) et Les Modernes (http://www.lesmodernes.com/), Grenoble.

 

 

Programme en ligne prochainement...



[1] Frédérique Desforges, "Histoire et philosophie : une analyse de la notion de santé", Histoire, économie et société, Année 2001, volume 20, numéro 20-3, p. 291-301, p. 292. Texte consultable en ligne à l'adresse : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/hes_0752-5702_2001_num_20_3_2227

[2] Daniel Weinstock, "La santé en philosophie politique : de quel type de bien s'agit-il ?", conférence au Centre de Collaboration nationale sur les politiques publiques de santé / Institut national de santé publique du Québec, janvier 2010. Un résumé de la conférence est accessible à cette adresse : http://www.ccnpps.ca/docs/Weinstock_Sant%C3%A9EnPhilosophiePolitique_FR.pdf

[3] Avishaï Margalit, La Société décente, trad. F. Billard, Paris, Flammarion, 2007.

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