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9 mars 2010 2 09 /03 /mars /2010 22:53

Séminaire de printemps : samedi 27 mars 2010, 14 h – 18 h

L'Hexagone-Scène nationale de Meylan, 

 


« L’infime progression du mal »


 

Evoquer le concept de mal revient à prendre implicitement position quant à son existence : formuler une telle notion consiste en effet à identifier et à qualifier comme telles des expériences multiples, variées et souvent confusément vécues. Or, avant de tabler sur l’existence du mal, il semble d’abord nécessaire de saisir la part de mystère qu’il comprend – cela dit sans verser dans la moindre fascination à son égard. En effet, même les postures humaines qui apparaissent comme les formes les plus avérées de conduites mauvaises, telles que la méchanceté (dans l’ordre moral) et la tyrannie (dans l’ordre politique) ne se laissent pas aisément réduire à l’œuvre d’une volonté, ni à l’effet d’un calcul clair et distinct. Ensuite, il convient de se demander quelles fins sert, aux niveaux social et moral, l’imputation de mal. Quels services rend aux sociétés humaines la logique qui va de la stigmatisation de la différence à la diabolisation ?  En prenant appui sur plusieurs spectacles proposés par L’Hexagone, et grâce à un dialogue entre la réflexion en philosophie morale et politique, l’analyse des cas historiques et le savoir sociologique et psychologique, ce séminaire s’attachera à examiner les divers processus par lesquels se constitue ce qui est rétrospectivement qualifié comme mal.

 

Avec ces séminaires de la Société alpine de philosophie, il s’agit de questionner un thème, en présentant le contenu de recherches en cours menées par des experts, qui en rendent compte de manière claire et à destination d’un public le plus ouvert possible ; il ne s’agit ni d’information culturelle ni de formation universitaire, mais d’une mise en mouvement des idées, destinée à apporter du sens sur des questions dont l’intelligence revêt toujours une certaine importance pour la liberté démocratique.

 

Avec la participation de :
 

 

·        François Flahaut, philosophe et anthropologue, directeur de recherches au Centre de Recherche sur les Arts et le Langage, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, Paris

 

« Comprendre comment de braves gens font le mal »

F. Flahaut est notamment l’auteur de :

-        Adam et Eve. La condition humaine, Paris Fayard, 2007.

-        « Be Yourself », Paris, Mille et une nuits, 2006.

-        Le Paradoxe de Robinson. Capitalisme et société, Paris, Mille et une nuits, 2005.

-        Le Sentiment d’exister. Ce soi qui ne va pas de soi, Paris, Descartes & Cie, 2002.

-        La Pensée des contes, Paris, Anthropos, coll.« Economica », 2001.

-        La Méchanceté, Paris, Descartes & Cie, 1998.



·       
Jacques Semelin, Historien et politiste, Centre d’Etudes et de Recherches Internationales – CNRS, Professeur à l’Institut d’Etudes Politiques, Paris :

 

« Faire le mal – avec plaisir, malgré soi, au nom du bien »

 

Jacques Semelin est notamment l’auteur de :


-        
J'arrive là où je suis étranger, Paris, Éditions du Seuil, 2007. 


-        
Purifier et détruire. Usages politiques des massacres et génocides, Paris, Editions du Seuil, « La couleur des idées », 2005.


-        
La Liberté au bout des ondes. Du coup de Prague à la chute du mur de Berlin, Paris, Belfond, 1997.


-        
La Non-violence expliquée à mes filles, Paris, Editions du Seuil, 2000.


-        
La Non-violence, avec Christian Mellon, Paris, P.U.F., « Que sais-je ? », 1994.


-        
Sans armes face à Hitler. La Résistance civile en Europe (1939–1943), Paris, Payot, 1989 ; 2ème édition Payot, « Petite bibliothèque », 1998.


-        
Pour sortir de la violence
, Éditions de l'Atelier, 1983.


Jacques Semelin est de plus à l’initiative de la création de l’Encyclopédie en ligne des violences de masse : http://www.massviolence.org/


·       
Thierry Ménissier, philosophe politique, maître de conférences HDR, Département de philosophie / UPMF-Grenoble 2, Président de la Société alpine de philosophie.

 

« La politique, ou la banalité du mal radical ? »

 

Il a notamment publié :

 


-       
Machiavel ou la politique du Centaure, Paris, Hermann, « Hermann Philosophie », 2010.


-       
(dir.) L’idée d’empire dans la pensée politique, historique, juridique et philosophique, Paris, L’Harmattan / Université Pierre Mendès France – Grenoble 2, collection « La Librairie des Humanités », 2006.


-       
Éléments de philosophie politique, Paris, Ellipses Marketing, 2005.


-       
Machiavel, la politique et l’histoire. Enjeux philosophiques, Paris, P.U.F., collection « Fondements de la politique », 2001.


-       
Éros philosophe. Une interprétation philosophique du Banquet de Platon, traduction du Banquet suivie d'un essai, Paris, Kimé, collection « Philosophie Épistémologie », 1996.

 



Ce séminaire sera présenté et animé par Anne Eyssidieux,

Professeure agrégée de philosophie

 

 

Tarifs d’entrée :  Adhérents de la Société alpine de philosophie : 5 euros / Non adhérents : 10 euros / Moins de 18 ans, étudiants, demandeurs d’emploi : entrée gratuite.

Pour se rendre à L'Hexagone : http://www.theatre-hexagone.eu/scene-nationale/index.php

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4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 18:30

 

« Toute vie est bien entendu un processus de démolition »

(Francis Scott Fitzgerald).

 

Vous  étiez venus très nombreux - 170 personnes - écouter Philippe Saltel et Thierry Ménissier, à l’invitation du Printemps du Livre de Grenoble, « s’affronter » pour savoir si la vie est ou non une aventure – et dans quelle ambiance de ferveur intellectuelle. Merci vivement pour votre adhésion si massive à cette forme d’intervention philosophique nouvelle pour nous !

L’articulation principale du débat fut la suivante : en premier lieu, chaque philosophe répondit directement à la question posée ; en second lieu, il développa les conséquences pratiques de sa position, en délivrant en quelque sorte sa propre « morale de l’histoire ».

 

DSCN0167.jpg[Thierry Ménissier et Philippe Saltel : "La vie est-elle une aventure ?"]

           


Thierry Ménissier
– désigné volontaire par son contradicteur ! – débuta volontiers la joute amicale en soutenant qu’à ses yeux la vie est fondamentalement une aventure. Cela tient au caractère contingent (non nécessaire, aléatoire) de ce qui advient : tout aurait toujours pu arriver autrement qu’il arrive, ou ne pas arriver. La régularité que l’on constate parfois dans les phénomènes de la vie et de l’existence ne délivre aucune garantie quant à la possibilité ou quant à l’existence de règles, et il est impossible d’y lire une logique qui assurerait définitivement nos actions.

 

Les choix individuels constituent eux-mêmes le principe d’une désorientation, d’une complexification plus grande encore du cours des choses. De sorte qu’au lieu d’inscrire de la nécessité dans les choses, la liberté augmente au contraire l’indétermination ; si l’on est honnête, il nous faut même admettre qu’elle fait littéralement exploser la quantité de possibles – rien de moins rassurant que la liberté !

Ainsi que l’a magistralement affirmé Machiavel, dans Le Prince la fortuna, principe de surgissement du hasard et de perturbation de nos desseins les plus calculés, est la reine du monde ; le Florentin ajoute que notre virtù – la seule qualité réelle dont nous disposons pour nous tirer d’affaire – doit en permanence composer avec elle.

L’aventure existentielle est d’ailleurs profondément inscrite dans l’identité de la modernité, époque dont nous subissons encore l’influence : au XVIème siècle, lors de cette Renaissance pleine de lucidité, s’inventent les figures du conquistador et du condottiere, que nous retrouvons aujourd’hui sous ces figures de réussite tant vantées que sont l’entrepreneur et le trader.

Si bien des choses paraissent stables en nous et autour de nous, c’est parce que nous sommes bien trop grossiers pour saisir que tout change tout le temps et dans n’importe quel sens. Bref, « aux innocents les mains pleines » !

 

DSCN0160

Philippe Saltel
lui répondit en ces termes : non, la vie n’est pas une aventure. Et cette position se déduit presque de l’étymologie du terme « aventure », « adventure », ce qui doit advenir. L’adventor est celui qui vient visiter, singulièrement les courtisanes, de manière fondamentalement légère. Si légère que personne ne peut dire qu’une authentique histoire d’amour est une aventure – car d’une histoire d’amour, on ne revient jamais indemne. Rien de ce qui arrive de profond ou d’important dans l’existence ne relève de l’aventure : ce que les Haïtiens vivent actuellement n’est pas une aventure, les déportés n’ont jamais écrit qu’ils avaient vécu une aventure. Au mieux, une suite d’événements risqués, une épreuve.

Or, justement, l’existence se présente sous le signe du risque le plus grand. Si l’on considère le tout de l’existence, l’existence dans sa totalité, il est en effet clair que nous ne risquons guère de nous en sortir. La vie est un processus dont l’issue est toujours fatale.

Il est impossible de plus de donner un sens aux événements au moment où on les vit ; ce sont les biographes qui décident rétrospectivement que telle ou telle vie a été une aventure – une vie qu’ils transfigurent d’ailleurs par leurs récits.

Plusieurs fortes références viennent appuyer une telle manière de voir les choses : l’Essai sur l’expérience de la mort, de Paul-Louis Landsberg, ou encore le Mythe d’Icare ou Traité du désespoir et de la béatitude d’André Comte-Sponville.


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Thierry Ménissier reprit la parole pour le second volet de la réflexion. Sommes-nous obligés de jouer les aventuriers ? Nullement. Et pouvons-nous aisément relever le défi que nous impose notre condition ? Pas davantage.

            Il semble qu’avec l’existence nous sommes engagés malgré nous dans un jeu dont nous n’avons pas du tout les moyens de sortir vainqueurs. Dans ce jeu de dupes auquel nous sommes pris, la posture de l’aventurier apparaît forcée, surjouée.

            Ou alors, nous sommes tous des aventuriers, et malgré nous. Il faut écouter le récit malheureux et maudit (pour celui qui le dit comme pour celui qui l’écoute !) du « héros » anonyme de La chute d’Albert Camus : tout peut toujours se jouer lors d’une mauvaise rencontre qui décide d’une vie, parce qu’elle révèle que nous sommes ou non à la hauteur de l’événement.

            Et dans le même temps, écoutons celui qui s’aventure : sa posture n’est-elle pas toujours semblable à celle d’Ismaël, au début du Moby Dick d’Herman Melville ? Quand le sens des choses oscille dangereusement, quand la vie n’adhère plus à la vie, aller à Nantucket, monter à bord du Péquod, s’embarquer pour le grand large sous les ordres du Capitaine Achab, ce vieux fou (« ...ça remplace pour moi le suicide. Avec un grand geste, le philosophe Caton se jette sur son épée, moi, tout bonnement, je prend le bateau »). L’aventure, ce succédané de suicide.

            Bref, le tout de l’affaire, c’est de s’en tirer avec élégance.

            Ici reprendre la lecture de Machiavel, Histoires florentines, VI, 13 : le comte Sforza est en danger et en situation de totale incertitude vis-à-vis de ce que vont tenter contre lui ses puissants ennemis. Or voici ce qu’écrit le Florentin : « Cependant il résolut de faire face à la fortune, et de se déterminer lui-même selon les événements de celle-ci ; car souvent, lorsqu’on agit, se dévoilent les partis qui seraient demeurés cachés si l’on n’avait pas agi » (dans la langue toscane originale : « Pure deliberò di mostrare il viso alla fortuna, e secondo gli accidenti di quella consigliarsi ; perché molte volte, operando, si scuoprono quelli consigli che, standosi, sempre si nasconderebbono »).

            Comment mieux dire que le problème, c’est de s’en remettre courageusement à l’action pour forger son style dans la rencontre des choses adverses ? L’action a sa vertu : « essayer »  (Montaigne !), forcer la fortune à se montrer propice – la liberté consiste à agir malgré tout, même quand tout semble compromis, déjà joué ou vide de sens. Car dans notre situation, rester digne et agir, n’est-ce pas finalement la même chose ?


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Il revint à Philippe Saltel de clore la rencontre : il faut être aventurier. Ce dernier est l’antithèse du héros tragique, lequel ne s’en sort pas. Puisque la vie est sérieuse, devons-nous nous résoudre à être écrasés par ce sérieux ? Bien sûr que non, et dans cette perspective, la figure de l’aventurier est celle d’un homme qui avance courageusement et surtout pas péremptoirement.

Ecoutons Nietzsche qui écrivait que « la vie n’est pas une mijaurée, et Aragon, dans La semaine sainte, affirmant que nous sommes des « graines d’avenir ». Autant de recommandations pour comprendre qu’il est nécessaire de s’offrir à la naissance de son être. De toute façon, toute situation vécue apparaît irréductible à une situation antérieure. D’où cette phrase mystérieuse de Sartre : « L’aventure, c’est l’irréversibilité du temps ».

L’aventurier, donc, un modèle, mais non une idole.


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28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 17:12


Jeudi 7 janvier 2010, 93 personnes étaient présentes dans la salle de lecture de la Bibliothèque Municipale du Centre Ville de Grenoble, pour écouter le lumineux exposé du conférencier puis pour débattre sur la signification du projet politique et idéologique du national-socialisme, tel qu'il a été planifié puis exécuté en son temps, mais aussi tel qu'on peut le comprendre dans le contexte du nôtre.

Que signifie la volonté des Nazis d'"effacer 1789 de l'histoire" ? Comment s'est-elle concrétisée en Allemagne dans les années 1930 ? Et comment comprendre ce genre de propositions qui, plus ou moins explicitement, revient aujourd'hui dans un contexte qui n'est plus celui des régimes autoritaires du début du XXe siècle ?



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[Thierry Ménissier et Johann Chapoutot lors de la conférence de ce dernier sur le nazisme]
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21 janvier 2010 4 21 /01 /janvier /2010 23:57

Séminaire d'hiver : samedi 30 janvier 2010

L'Hexagone-Scène nationale de Meylan, 14 h – 18 h

 

« Le mouvement comme vecteur d'émotion.

Perception du monde et espace »

 

 

Un astrophysicien, une sémio-anthropologue et un théoricien de l’art contemporain, quand ils sont stimulés par le questionnement philosophique, qu’ont-ils à dire sur le mouvement en tant que vecteur d’émotion ?

 

Situation étrange où chacun, compte tenu de la bizarrerie du thème et parce qu’il accepte généreusement le grand jeu de l’interrogation philosophique, est renvoyé aux questions fondamentales de son implication dans la recherche ! Au terme de la préparation du séminaire, cela donne à peu près cela :

 

Qu’est-ce que le mouvement pour un astronome contemporain ? A quel type de questionnement sur la spatialité renvoient ses quotidiennes spéculations mathématiques sur la forme de l’univers ? Un esprit qui passe tous les jours d’un référentiel spatial à l’autre (de Newton à la physique quantique en faisant un crochet chez Einstein), donc un cerveau « leibnizien » ou « borgésien » susceptible de changer de monde d’un instant à l’autre – éprouve-t-il une forme d’émotion dans sa considération du mouvement ?

 

La communication non-verbale étudiée par une anthropologue permet une connaissance en actes  de l’intelligence humaine, ce qui promet une fascinante compréhension de la scène mentale par le biais des « coulisses de l’esprit ». Par ailleurs, quels enjeux sociaux et politiques recouvre-t-elle ? Si le « neuromarketing » apparaît fondamental pour le XXIe  siècle, c’est parce qu’il vise l’association d’un déplacement, d’un code, et d’une émotion – en tant qu’êtres spatiaux, sommes-nous si intimement conditionnés par le langage non-verbal ? Comment, alors, retrouver une authentique « liberté de mouvement » ?

 

Enfin, derrière l’image désormais un peu facile du « village planétaire global », comment et pourquoi les artistes contemporains utilisent-ils le déplacement comme matériau de leur création ? A l’époque du web 2.0, la question esthétique majeure est-elle celle de l’ubiquité, comme une présence de soi aux quatre coins du monde, ou une bizarre dilatation de la subjectivité ? Et si le rapport esthétique à l’espace a fondamentalement changé, qu’est-ce que cela modifie quant à l’émotion et à l’expérience du sens qu’elle engendre ?

 

Autant de pistes qui par la pensée redoublent les voies ouvertes par Adrien Mondot et explorées cette saison à L’Hexagone. Nous vous espérons nombreux à ces fascinantes noces de la curiosité, de l’expérience esthétique et de la philosophie !

 

Avec :

-          Aurélien Barrau, membre de l’Institut Universitaire de France, maître de conférences en astrophysique, Laboratoire de physique subatomique et de cosmologie, Université Joseph Fourier, Grenoble.

-          Fabienne Martin-Juchat, professeure de sciences de l’information et de la communication, Institut de la communication et des médias, Université Stendhal, Grenoble.

-          Stéphane Sauzedde, maître de conférences en art contemporain, critique d'art, directeur de l'école supérieure d'art de l'agglomération d'Annecy.

 

Séminaire animé par Thierry Ménissier, président de la Société alpine de philosophie.

 

Avec ces séminaires de la Société alpine de philosophie, il s’agit de questionner un thème, en présentant le contenu de recherches en cours menées par des experts qui témoignent de manière claire et construite, à destination d’un public le plus ouvert possible ; il ne s’agit ni d’information culturelle ni de formation universitaire, mais d’une mise en mouvement des idées, destinée à apporter du sens sur des questions dont l’intelligence revêt toujours une certaine importance pour la liberté démocratique.

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15 janvier 2010 5 15 /01 /janvier /2010 21:36



Savoir si la vie est une aventure, telle est la (belle et vaste !) question qui réunira, Philippe Saltel et Thierry Ménissier - à l'invitation du Printemps du Livre de Grenoble (précisément consacré cette année à ce thème), pour un  débat contradictoire entre deux philosophes.

 

La formule d'un tel débat est nouvelle pour nous également, et si elle n'est pas désagréable, nous serons amenés à la poursuivre. C'est en tout cas une tentative pour montrer que les philosophes qui animent la Société alpine s'engagent personnellement dans ce qu'ils pensent !  

Il se trouve que les deux interlocuteurs sont justement en désaccord sur plusieurs points - belle occasion de tester philosophiquement leur amitié...

Quant à l'aventure de la vie ou à la vie de l'aventure, voici le texte de présentation rédigé pour la présentation de la rencontre :

"Pour parler d’aventure, il faut supposer que les événements constituant l’existence humaine ne peuvent être intégralement maîtrisés, ni même totalement anticipés. Dans l’aventure, en effet, les aléas jouent un rôle certain vis-à-vis des orientations qu’on a choisies pour son existence ; on se retrouve à la marge de ce qu’on a prévu. On pourrait dire que l’aventureux est celui qui, dans certains domaines ou à certains moments, recherche la fréquentation de telles marges (« de 5 à 7 » ?), tandis que l’aventurier entreprend résolument de les explorer, en reconnaissant paradoxalement l’aléatoire comme un principe directeur : à lui les grands espaces de l’imprévu ! Entendue ainsi, l’aventure constitue-t-elle une notion philosophiquement intéressante, sinon importante ? Deux philosophes d’avis opposés débattront de cette question, en invitant le public à réfléchir avec eux."

Bibliothèque muncipale du centre ville, Grenoble
Jeudi 21 janvier 2010, 18 h 30 - 20 h
Avec Philippe Saltel, professeur de philosophie moderne,
et Thierry Ménissier, maître de conférences de philosophie politique et président de la Société alpine de philosophie, UPMF-Grenoble 2.
Entrée libre et gratuite dans la limite des places disponibles

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11 décembre 2009 5 11 /12 /décembre /2009 22:09



La Destruction de la cité :

projet et pratiques politiques du nazisme

Conférence de Johann Chapoutot

 

Jeudi 7 janvier 2009, 18 h 30 – 20 h

Bibliothèque municipale du Centre-ville, Grenoble

Entrée libre et gratuite dans la limite des places disponibles

 



La rapidité et la vigueur avec lesquelles le régime nazi a été imposé à l'Allemagne indiquent que les différentes étapes de la prise de pouvoir (janvier 1933-août 1934) avaient été mûrement pensées, tant sur le plan tactique (étapes et modalités) que, plus profondément, sur le plan stratégique. Autrement dit, les nazis ne se sont pas bornés à élaborer une technique du coup d'Etat, mais conféraient, de longue date, un sens à cette accession aux responsabilités : il existait une philosophie politique nazie qui, selon les mots mêmes de Goebbels, consistait à "effacer 1789 de l'histoire" - une révolution (celle du 30 janvier 1933) chasse l'autre. Nous tenterons d'expliciter le projet politique nazi en montrant à quel point il est antipolitique : il s'agissait ni plus ni moins que de détruire la cité telle qu'elle était conçue depuis les Lumières.

 

Johann Chapoutot est normalien, diplômé de Science Po Paris, agrégé d’histoire et maître de conférences en histoire contemporaine au Département d’Histoire de l’Université Pierre Mendès France – Grenoble 2. Spécialiste d’histoire culturelle et politique, il est également germaniste Il est l’auteur de : Le national-socialisme et l’Antiquité, PUF, 2008 ; L’âge des dictatures (1919-1945), PUF, 2008 ; à paraître en 2010 : Le meurtre de Weimar, PUF.


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25 novembre 2009 3 25 /11 /novembre /2009 07:01




Emmanuel GABELLIERI


Action et contemplation.
Simone Weil par-delà les Anciens et les Modernes

 

Conférence à la Bibliothèque municipale du Centre-ville de Grenoble

Mercredi 9 décembre 2009, 18 h 30-20 h


Entrée libre et gratuite dans la limite des places disponibles

 



"Travail et contemplation sont les deux pôles de la pensée" (S. Weil, OC II 1, 49)

 


« Philosophie mystique » (MM. Davy), « Platonisme du XXe s. » (M. Vetö), « Philosophie du travail » (R. Chenavier) ? En définissant travail et contemplation comme les « deux pôles de la pensée » S.Weil met ses commentateurs d’accord. Mais, ignorant ainsi la querelle des Anciens et des Modernes qui a opposé vita contemplativa et vita activa, elle invite à ne pas choisir entre Platon, Marx ou Arendt, à penser ensemble décréation de l’âme et transformation du monde. Par là s’éclaire aussi bien sa conception existentielle de la philosophie que la volonté d’articuler « inspiration » et « action », politique et mystique, et une métaphysique de la médiation et du don reliant à nouveaux frais Grèce, christianisme et modernité.

 


Emmanuel GABELLIERI, Agrégé de philosophie, Docteur ès lettres, est Doyen de la Faculté de Philosophie de l'Université Catholique de Lyon.



Ouvrages publiés 
:


- Simone Weil, coll. « philo-philosophes », Ellipses, 2001

-Etre et Don. Simone Weil et la philosophie, « Bibliothèque Philosophique de Louvain » n°57,

   Editions Peeters, Louvain-Paris 2003 

- « Amor mundi, Amor Dei. S.Weil et H.Arendt » (dir.),  Theophilyon IX-2,  2004

- Nature et création entre sciences et théologie (dir., avec J.M.Exbrayat), Paris, Vrin, 2006 

-  Blondel et la philosophie française (dir.), Parole et Silence, 2007 

- Simone Weil, Action et contemplation (dir., avec M.C.Bingemer), Paris, L’Harmattan, 2008

- Préface à Simone Weil (dir. Ch.Delsol), coll. « Les Cahiers d’Histoire de la philosophie »,

    Cerf, 2009

 

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5 octobre 2009 1 05 /10 /octobre /2009 10:33

 

         




Samedi 3 octobre,
dans la grande salle de L'Hexagone de Meylan,
Robert Damien, philosophe,
invité à penser la notion de "partage",
a proposé une réflexion sur LA FRATERNITE,
dont le texte suivant renvoie plus que l'écho.


La fraternité, fin et suite…

 

La fraternité, mal aimée et tard venue, est une notion rescapée d’un naufrage politique. Plus qu’un sentiment, moins qu’une obligation, elle est ajoutée comme un repentir à la devise républicaine. Réquisition d’une pensée molle, juste bonne aux invocations du lyrisme d’avant boire, la grandiloquence populaire et patriotique qu’elle alimente est toujours suspecte d’une religiosité maculée ou d’un familialisme inquiétant tant elle se fourvoie dans le biologisme mortifère des exclusions : si on n’a pas le même père biologique de sang, comment peut-on être frère et l’aurait-on que la haine jalouse des enfants d’une même famille nous ramènerait aux affres fratricides d’Abel et Caïn. S’inventer un Père éternel créateur ne nous libère pas des fatalités puisque les frères, s’en disputant l’héritage,  partagent tous la meurtrière souillure du crime originel.

Comment dès lors ne pas s’abandonner au vertige de l’abandon que suscite son examen ? Pourquoi résister à sa rédhibition ? Entreprise vaine qui ne peut échapper à la reddition tant sa condamnation est désormais inscrite dans nos habitudes de pensée.

Son évacuation par l’hégémonie politique de la tradition anglo-saxonne semble scellée. Porteuse des foudres fanatiques d’une terreur, hantée par la trahison des serments, à quoi bon réhabiliter cette bâtarde d’origine douteuse, inconsistante entre générosité et charité, insaisissable entre foi et fidélité, à jamais déplacée et perpétuellement contradictoire? Y procéder comme on l’a fait ici donne aux relevés de conclusions les allures au pire d’un dépôt de bilan, au mieux d’un appel au secours.

Que reste-t-il de nos amours fraternelles? Pas grand-chose sinon profits et pertes d’une catégorie sinistre et sinistrée et dès lors comment n’y pas substituer des vertus moins risquées et peu périlleuses, d’autres valeurs moins compromettantes comme la sollicitude, la bienfaisance, la reconnaissance, la compassion, la solidarité, la charité, toutes vertus tellement humanitaires et ô combien plus présentables que cette prétendue et dérisoire justice en acte, à bon droit soumise au procès d’aversion ?

On tentera pourtant ici d’ériger quelques digues avant la submersion définitive…

 

*       *       *       *

 

L'engagement sacrificiel fait l’entre nous fraternel en ce qu'il affirme la supériorité des valeurs universelles par rapport à la vie biologique et les incarne dans une existence commune porteuse de normativité. Cette ascendance  n'est possible qu'à partir d'une fraternité combative pour supporter sinon dépasser  les nonchalances stériles de la promiscuité sans projet ni projection. Seule, par les é/motions d'une arkhai féconde, une telle euphorie redresse et fait tenir debout notre vaillance valeureuse, elle autorise à penser juste et à être à la hauteur de ses idéaux pour y organiser sa vie: l'exaucement commun est toujours un exhaussement au dessus de la viscosité quotidienne d'une existence privée de tout.

Contre l'élite professionnelle des experts connaissant les lois des mécanismes vertueux des échanges (de biens, de mots et de femmes), cette droiture normative s'incarne dans le corps militant du citoyen. L'un citoyen n'est possible que par l'autre militant dans un don de soi partagé à plusieurs, dans la camaraderie d'une même chambre, sous une même Loi imposant les obligations proprement politiques d’un Etat qu’on appellera de droit républicain.

Dans le rapport conflictuel de la liberté et de l'égalité qui ordonne les antinomies tragiques de la (dé)raison politique, la fraternité est la valeur fondatrice d'une communauté politique. Ses schèmes d’augmentation mutuelle y sont des structures normatives d’obligation réciproque. Par elles, nous nous rendons capables d’être libre à travers les droits sociaux d’affirmation de notre puissance. Ils fondent la croyance collective dans l’humaine émancipation d’une bonne vie commune.

Les légendes de cette promotion sont les lignes historiques qui méritent d’être relues scrupuleusement pour nous y relier respectueusement afin d’y inscrire nos actions dans ses sillons. Elles  rapportent les récits de ce devenir ensemble par lequel l’humanité s’exalte de se rendre capable d’elle-même. Elles nous racontent comment échapper aux dominations de l’arbitraire des naissances, des pauvretés et des malheurs. Contre l’humiliation qui fait perdre tout crédit et ferme toute expression, elles redonnent confiance dans nos capacités d’accès et d’accueils. Appareils inductifs de croissance et de croyance, elles arment nos espérances des œuvres qui ont déjà portées l’humaine condition dans son histoire et annoncent son futur promis. Transmettant ces relations, elles promeuvent. Promettant la poursuite du chemin, elles transmuent nos rapports. Leurs autorités toujours relationnelles et relatées nous augmentent d’une puissance proprement symbolique : elle nous relie à leurs hauts faits et nous oblige à être à leur hauteur. Monitoires, ses monuments nous avertissent aussi de nous prémunir des défections qui nous menacent. Ainsi se cultivent la communauté fraternelle des ascendances.

L’excentricité centrale de la bibliothèque nous fournit le souverain bien de cette promotion. Par elle s’acquiert le goût non seulement du semblable qui fait l’humanité reconnaissable, non seulement du commun qui rend l’humanité partageable mais de l’universalisible inscrit dans les textes publiés qui promeuvent l’humanité fraternelle. Par cette fraternité substantielle, l’humanité se découvre capable non plus de Dieu comme l’espérait Augustin, mais de s’affirmer, de se continuer et de s’inventer c’est à dire de se cultiver Dans l’immanence de cette autorité culturelle, elle transmet les droits normatifs de son affirmation et découvre les principes propédeutiques de ses activations prochaines.

Leurs auteurs rassemblés dans la bibliothèque universelle des livres sont les maîtres de ce lyrisme porteur. Ils nous rendent à notre tour capable de continuer cette origine féconde. Les munitions littéraires qu’ils nous fournissent sont les sources et les ressources d’une autorité fraternelle en ce que ces ascendants magistraux nous laissent toujours capables de les critiquer, de les interpréter et de les renouveler. La dignitas hominis qui ordonne l’humanité fraternelle est inséparable de la litterae humaniores. La philanthropia que nous délivre le rassemblement des œuvres est partout et toujours amour du savoir déposé dans les textes fondateurs de la lecture et de l’écriture humaines. L’amour des textes, leur traduction, leur commentaire est la matrice des traditions motrices d’une fraternité conquérante de ses droits et devoirs. L’oubli de l’un est toujours désolation de l’autre.

Ce travail de liaison qui associe l'intelligence d'un recueil et la religion d'un recueillement pour aboutir parfois à la ligature d'un ralliement définit l'activité et la finalité  de la fraternisation, de la symbolisation, de la bibliothécation mais aussi ses dangers et ses risques: "le symbole est un objet de convention qui a pour raison d'être l'accord des esprits et la réunion des sujets. Plus  qu'une chose, c'est une opération et une cérémonie...Symbolique et fraternel sont synonymes: on ne fraternise pas sans quelque chose à partager, on ne symbolise pas sans unir ce qui était étranger...Qui fait du lien fait du bien"[1]. La conjugaison motrice du symbolique, du fraternel et du bibliothécaire constitue la grammaire du républicanisme appliqué. La syntaxe de cette triade normative participe moins d’un habitus néo thomiste réhabilité par Pierre Bourdieu que d’un intendo cicéronien : diapason choral d’une harmonie des voix, l’intendo de la fraternité est la matrice et le moteur d’un concert tonique qui conjugue l’intention fraternelle, la tension pratique, l’intensité émotionnelle.

 

*       *        *        *

 

Eprouvée dans le combat militant, la ferveur partisane, l'aventure sportive, la satisfaction affective, l'émotion esthétique, la cérémonie ecclésiale, la liaison amicale ou la communion amoureuse, cette matrice orthopraxique de la fraternité fut l'objet central et, pourrait-on dire, obsessionnel de la quête d’une politique républicaine. Cette recherche des rêves partagés de la camaraderie trouva de multiples expressions entre effroi et nostalgie, dans toute l'histoire des combats d’une république appliquée. C'est par ce biais à l'évidence que l'on peut et doit, selon nous, comprendre et analyser la structure spécifique des liens obligataires qui mobilisent, jusqu'au martyr aveuglé d'héroïsme, l'acteur politique, et  propulsent l'action collective jusqu'à l'aveuglement stérile. Expérience première ou/et intuition créatrice, peu importe, il n'empêche que, dans l'épreuve des larmes ou dans le frémissement des chansons, plaies vivantes et bleus à l'âme, chanter ensemble et faire concert permet à l'homme de se tenir chaud entre soi dans les coups durs, d'agir en commun, de monter à l'assaut et de déplacer les montagnes.

La question décisive, à la fois existentielle et théorique, de la fraternité, demeure de trouver la clef de cette énigme si bien posée par Alain à propos du vol d'étourneaux: "l'ensemble ondulait comme une draperie au vent. Nulle apparence de chef; c'était le tout qui gouvernait les parties ou plutôt chacun des oiseaux se trouvait gouverné et gouvernant, chacun imitant le voisin, et le moindre écart de l'un inclinant un peu tous les autres"[2]. Comment naît l'enthousiasme collectif d'un ordre commun, comment se maintient-il sans dégénérer dans la folie fanatique, comment cet affect générateur d'une co/naissance s'entretient-il sans se scléroser dans des rituels enkystés ou des retombées commémoratives? "L'ordre enferme par lui-même une espèce de religion, et peut-être toute religion"[3]. Peut-on éviter ce moment fâcheux où l'affection devient affectation, où l'assemblée cesse d'être religieuse pour devenir cléricale, où la représentation devient théâtre d'ombres, où l'autorité devient tyrannique et la fraternité fratricide?

La tradition philosophique s'est toujours méfiée de cette présence des dieux en nous[4]. " C'est ainsi que partout où des semblables sont réunis, l'ordre naît et renaît. Roi invisible et présent; à proprement parler Dieu"[5]. Sa plasticité stimulante nous pousse aux engagements de  l'action mais l'accès de fièvre nous fait aussi dangereusement délirer.

Cette volupté ivre requiert, selon la tradition, la raison froide qui éteint les feux et canalise les émotions de la ferveur en séparant les instances comme les opérations. Pourtant "il y a une partie de danse et de chant dans toutes les  actions en commun, et ce n'est pas celle qui importe le moins. L'ordre est alors cause et effet. Nous y donnons une attention qui est adhésion; c'est peu de dire que nous l'approuvons; nous y sommes maître et serviteur. Ainsi l'ordre n'est point subi, ni voulu; il est au-dessous du subir et du vouloir; il appartient à la vie comme respirer"[6]. Pathologie dégénérative de l'adhésion ou principe moteur de l'engagement, l'enthousiasme fraternel n'est-il pas ce "transcendantal historique" qui rend possible et effectif les actions concertées d'un peuple en mouvement?

Certes on ne résistera pas toujours à la tentation de dresser, non sans la goutte de dépit d'un précieux dégoûté, un "précis de décomposition" de cette fraternité "religionnaire" mais l'essentiel demeure d'analyser les lois de composition et les ingrédients de cet invariant anthropologique. Ontologiquement, ce transport hors de nous par "l'entre nous" d’un idéal nous constitue pourtant comme sujet ordonné de l'être politique. Là encore, comment éviter la dérive de cette augmentation fraternelle? En discriminer la noblesse comme l'ignominie, c'est  fournir instruments de jugement sans en faire son deuil car ce serait nier l'ordre du politique même.

Mais justement n’en sommes nous pas là désormais ? La révolution informatique des transmissions ne signe-t-elle pas l’arrêt de mort de la fiction motrice que fût la fraternité républicaine? Une autre matrice politique se met en place, qui, définitivement l’évacue dans les oubliettes du traumatisme historique.

 

                            *        *        *        *

 

 Y a-t-il une fraternité des internautes ? On veut bien admettre qu’il y a des semblables dans l’univers informatisé mais y a-t-il des frères de la société Internet ? En faut-il ? Ne peut-on pas s’en passer ? Mais comment alors les Internautes font-ils société ? Où est le  nous  de la société cybernétique ? Peut-on parler d’une Cité Internet ?

Les principes constitutifs des échanges informatisés et les modes de fonctionnement communicationnels sont en effet antithétiques de l’idée même de fraternité. Le développement des NTIC (Nouvelles technologies de l’information et de la communication) signe l’histoire d’une fin, celle de la philosophie politique de la république née de la Révolution française de 1789 et des révolutions de 1848, 1870, 1917. Par la légende de ces évènements, le Peuple se révèle à lui-même et se fait fête comme vecteur d’une puissance matricielle. Il se célèbre comme moteur d’une fraternité universelle et médiateur actif d’une autorité fraternelle.

Celle-ci, pour le dire sommairement, suppose une Patrie commune (à défaut de Père unique et total) pour un Peuple assemblé dont la voix (vox populi, vox dei) commande des obligations mutuelles et des sacrifices partagés vis-à-vis d’un tout supérieur dont chaque membre devient frère. Ce Tout nous rassemble comme tous étant de même nature (humaine) et participant d’une même raison (universelle). Cette totalité à qui notre commune identité confère unité, nous élève à la dignité d’acteurs égaux sur un territoire qui nous est propre car nous y réalisons tous ensemble les fins de notre communauté humaine. Il nous appartient, il est à nous, il est nous car chacun est également sujet souverain de cette patrie qui nous fait devenir humains et par cela même fraternels. Chacun vient à l’être par ce tout qui nous dépasse et nous promeut comme ces fils. Les frères le sont d’être les fils de cette patrie inventée en commun.

Cette matrice qui nous fait nous, nous rend compatriotes, confraternels puisque concitoyens. Sur cet espace politique, chacun, par delà ses origines, ses confessions, ses couleurs, ses appartenances,  partage les mêmes droits et devoirs afin d’affirmer, de promouvoir la meilleure part, la part noble de notre humanité. Cette humanité fraternelle nous oblige aux respects réciproques, aussi et surtout elle exige de sacrifier la mauvaise part, la part ignoble de notre humanité commandée, elle, par nos intérêts, nos instincts, nos pulsions, nos particularités, tout ce qui ne se partage pas et constitue nos individualités médiocres.

Pour entretenir la flamme de cet enthousiasme patriotique et fraternel (une manière d’être possédé par ce nouveau Dieu qu’est la Patrie), on multipliera les monuments publics consacrés à ce mystère de la fraternité. Ils nous rappellent l’histoire de son émergence, nous prémunissent de toute chute dans l’intérêt particulier (on le dira justement privé de toute cette dimension publique de la fraternité) et nous annoncent le futur de nouvelles conjugaisons. Célébrations, commémorations, fêtes rituelles constituent les liens d’une religion civique de l’Humanité fraternelle.

Ce grand mythe politique de la Fraternité a pris formes (diverses) avec la révolution industrielle des productions marchandes. En ont émergé, à travers de multiples conflits et convulsions (qu’on a nommés Révolutions car dans ces événements se révèle un avènement, celui du Peuple souverain), des institutions de service public. Elles sont les réquisits d’une République sociale et démocratique. Les plus radicaux de ces défenseurs voudront en accomplir pleinement les fins en réalisant la démocratie socialiste d’un Peuple messie de l’Humanité : les frères militants et militaires de cette Idée lyrique  deviendront les camarades d’une fraternité universelle …

Une nouvelle révolution technique et scientifique s’opère sous nos yeux avec les NTIC. Elle rend complètement caduque et dérisoire cette mythologie mystificatrice de la Fraternité républicaine et socialiste. Mieux, elle nous délivre heureusement de cette vieille et fâcheuse et dangereuse illusion néo quarante huitarde de l’homme nouveau de la Révolution fraternelle.

En effet, la communication informatique est un échange direct, instantané, immédiat, fluide, transparent car dématérialisé, délocalisé, déhiérarchisé. Des liaisons informatives sans les liens d’une transmission toujours soumises aux règles instituées par un Etat territorial. Plus de lieux, plus de mémoires et plus d’institutions. Dans l’espace Internet, plus de Peuple, plus d’auteur, plus de territoire, plus de Patrie, plus de citoyens, plus de frères. L’espace de la communication est un espace désolé, sans sol et sans enracinement, séparé de tout ce qui fait le granuleux des choses, le charnu des êtres, l’irréductible opacité des existences vécues dans les traditions, les langues, les appartenances, les mœurs d’une patrie. Se trouvent enfin et heureusement évacuées des rapports informatiques, grâce à la communication numérique du virtuel, toutes les épaisseurs (ontologiques) que nous imposaient les bornes, les identités héritées, les domiciles, les propriétés, les racines, les habitudes, les croyances, enfin tout ce qui fait l’existence concrète des hommes situés, limités, finis entre communautés et patries autant dire entre mafias et ghettos.

L’univers de la circulation informatique est positivement a/politique, sans ordre de commencement ni de commandement, une an/archie sans lieux ni feux : une utopie enfin réalisée  sans risques de friction. Plus de malentendus ni de supputations, plus de haine plus de conflits car la société cybernétique est un automate autorégulé.

Pour ajouter à la dénonciation, un dernier coup de pied de l’âne. Avec les NTIC, l’individualisme anarcho-libéral a trouvé son outil de développement, le capitalisme libertaire sa force d’expansion et l’idéal démocratique, sa forme d’expression car sont détruits tout ce qui faisait obstacle à son développement mondialisé: les Etats, les autorités, les Institutions, les frontières, les religions. S’accomplit hic et nunc une société mondialiste d’individus sans liens, une démocratie des singuliers sans aucun besoin de cette illusion fraternelle, toujours plus ou moins socialisante, à repousser dans le musée des horreurs. Restent des sujets autonomes qui, selon leur bon vouloir, se rencontrent et s’entraident dans les réseaux conviviaux. Des groupes pluriels et variés mais sans unité ni totalité et dès lors libérant une parole foisonnante, ubiquitaire, pseudonymique, bricolant des savoirs disponibles et des affinités électives, mobilisant de la sollicitude et de l’entraide, autorisant de la connivence et de la convivialité dans et par les échanges interactifs de la cyber communauté.

 Mais en quoi est ce encore de la Fraternité au sens politique que nous avons trop rapidement  dessiné?  On ne détruit que ce qu’on remplace. Est-ce là une nouvelle forme de la fraternité ? Un autre mode de constitution du politique ? Une nouvelle manière de multiplier les liens partiels, mouvants, multiples ? Quel type d’engagement contracte les internautes les uns vis-à-vis des autres et vis-à-vis des institutions établies qui continuent de les définir ? Quelles obligations mutuelles et réciproques s’imposent-ils ? Quel type d’action collective se trouve promu dans les diverses communautés, forums, blogs ? En quoi ces échanges peuvent-ils constituer un nouvel espace public, un nouveau rapport politique que nos anciens concepts d’Etat, de démocratie, d’institution, de citoyenneté, de fraternité sont incapables de penser et ne peuvent que dénoncer  dans un combat désormais d’arrière garde? N’est ce pas au contraire une originale et novatrice politicité qui s’invente et partant un nouvel idéal du nous mais radicalement étranger aux normes de la philosophie politique républicaine qui nous paralysent et nous empêchent de saisir cette e-fraternité post-politique?

 



[1]Régis Debray, Vie et Mort de l’Image, Gallimard, Paris, 1992, p.60

[2]Alain, Le citoyen contre les pouvoirs, Paris, Gallimard, 1985, Propos 124, pp.318-320

[3]Alain, op.cit., p.318

[4]Platon, Phèdre, 244a

[5]Alain, op.cit., p.320

[6]Alain, op.cit., p.319

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11 septembre 2009 5 11 /09 /septembre /2009 23:06
 

 

Samedi 3 octobre 2009 : Partage de butin
dans le cadre de « L’acte II » des Rencontres-i sur le thème « Partager », au théâtre L’Hexagone de Meylan :

  • 14 h : Conférence de Robert Damien (Professeur de philosophie morale et politique, Université de Paris X – Nanterre, auteur de nombreux ouvrages consacrés notamment à la tradition de philosophie sociale française de l’utopie, par exemple à Proudhon).

  • 15 h – 18 h : Ateliers philosophiques auxquels participent les membres volontaires de la SAP.

Entrée libre sur réservation : http://www.theatre-hexagone.eu/scene-nationale/index.php

 


Quelques explications sur cette manifestation en guise de "billet de rentrée du Président" : il s'agit d'une rencontre un peu spéciale, ou pour mieux dire bizarre dans le bon sens, ainsi que L’Hexagone de Meylan sait le faire avec inspiration. Dans le cadre des Rencontres Imaginaires, biennale art-sciences, on a vu s’installer dans l'agglomération grenobloise de nombreuses ruches, ce qui a permis de décliner à loisir le thème "essaimer" (acte I), par de nombreuses manifestations plus étonnantes les unes que les autres auxquelles les amateurs de philosophie de la Société alpine ont participé.

Cette journée philosophique du 3 octobre ouvre l'acte II consacré au thème "partager". La veille d'ailleurs, il y a un vrai partage de vrai miel collecté dans les ruches.

 

***

 

Voilà ce que j’ai écrit en juin pour le programme de L’Hexagone sur le thème du partage :

 


Le partage promet. On en espère quelque chose qui paraît très difficile à réaliser : l’expression conjuguée de l’enrichissement et de l’équité.

Cette attente tient peut-être à la structure même de tout partage. Car partager c’est instituer une communauté, c’est-à-dire davantage qu’une simple société.  Or, du point de vue matériel, le partage repose sur l’opération qui consiste à diviser un ensemble et à en distribuer les éléments constitutifs. Si le partage apparaît comme un acte tout à fait particulier, c’est que la division des choses permet de souder le groupe des hommes. Opération étrange par laquelle le fractionnement dans l’ordre des biens produit dans l’ordre humain le contraire d’une fragmentation, et même une forme éminente d’unité.

Mais, à son tour, une telle étrangeté semble devoir s’élucider si l’on considère le statut de ce que l’on partage. Pourquoi les choses sont-elles considérées comme des biens ? D’où provient la transformation de ce qui est en ce qui vaut ? Questions qui renvoient au cœur de l'économie. Les choses deviennent des biens pour autant qu’on les accepte collectivement comme les symboles de la richesse ; celle-ci est donc affaire de reconnaissance.

Par conséquent, ce qu’un partage laisse toujours espérer, c'est l’enrichissement d’une communauté par le biais d’une reconnaissance pleine et entière pour chacun de ses membres. Il y a des thématiques moins riches en utopie…



Je signe ce texte, car il me semble qu’il y a là une thématique très puissante et peu envisagée de nos jours, et…nous persistons : ce thème du partage va être l’occasion de notre premier séminaire de l’année, ce samedi 3 octobre à L’Hexagone de Meylan.

 

***

 

L'après midi du 3, Robert Damien interviendra sur le thème de la fraternité, qui se trouve au centre de la problématique du partage – Robert Damien, philosophe au ton original, spécialiste des questions de philosophie sociale, grand connaisseur de Proudhon et de la tradition socialiste française.

Après cette intervention, nous participerons avec tous ceux qui le veulent à des ateliers philosophiques, qui synthétisent les diverses expériences de l'acte I et qui sont destinés à approfondir la réflexion par le biais de sa pratique. Quatre thèmes de réflexion sont prévus pour ces ateliers, animés par des universitaires, des écrivains ou des artistes :


"le sauvage comme révélateur de notre condition",

"les abeilles modèles d'économie politique ?",

"territoire butiné, territoire possédé ?",

"essaimer ou mourir"…(le bizarre continue !).

 

Enfin, à 17 h 45, Robert Damien et moi proposerons une réflexion prospective sur ce qui s’est dit, afin, de nouveau, de "partager".

 

Comme on voit, tout cela est participatif, dans le meilleur sens du terme...et une fort belle manière de faire se rencontrer la nature, l'art, la philosophie et le public amateur d’expérience intellectuelle.


En espérant vous retrouver nombreux à cette occasion, j'ai le plaisir de déclarer ouverte cette saison 2009-2010 de la Société alpine de philosophie.

 

Thierry Ménissier

 

 

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29 mai 2009 5 29 /05 /mai /2009 10:55
 

 

RENCONTRE-DEBAT avec André TOSEL

Bibliothèque municipale du centre-ville, Grenoble

Vendredi 26 juin 2009, 18 h 30 – 20 h 30

entrée libre

 

André Tosel interviendra à partir de son ouvrage Un monde en abîme. Essai sur la mondialisation capitaliste (Editions Kimé, 2008), puis répondra aux questions du public.

André Tosel est professeur de philosophie politique à l’Université de Nice. Il est l’auteur de nombreux ouvrages, notamment : Etudes sur Marx (et Engels). Vers un communisme de la finitude (Kimé, 1996), Démocratie et libéralismes (Kimé, 1995), Du matérialisme de Spinoza (Kimé, 1994), Kant révolutionnaire. Droit et politique (PUF, 1988), Spinoza ou le crépuscule de la servitude. Essai sur le Traité théologico-politique (Aubier, 1984).

 

Dans le contexte actuel, Le Monde en abîme me semble un livre important, et cela pour trois raisons. D’une part, il entreprend de s’emparer d’un thème, la mondialisation, finalement peu fréquenté par la philosophie politique. A cet égard, il comprend une inspection critique des « forces en présence » de la philosophie politique actuelle qui est aussi intéressante que sans concession – en faisant par exemple la remarque inquiétante que ceux qui sont le plus favorable à la mondialisation sont également ceux qui la théorisent le moins. Un des points forts de l’ouvrage est qu’il réfléchit la mondialisation en regard des attendus de la philosophie de l’histoire des XIX et XXèmes siècles, et non pas en dehors ni contre elle, à l’inverse donc d’une tendance actuelle. La mondialisation apparaissant comme « un événement philosophique », et même « le seul événement de notre actualité » (p. 96), il convient désormais de lui assigner son sens, c’est-à-dire de statuer philosophiquement sur son compte, et c’est ce à quoi s’emploie l’ouvrage. 

D’autre part, il s’inscrit explicitement dans une perspective d'inspiration marxiste ; or, quoiqu’on pense de l’expérience du communisme au XXème siècle (et même, plus généralement, de la philosophie de l’histoire marxiste), un tel angle de vue dote l’analyse d’une grille d’intelligibilité des phénomènes complexes de domination (aux plans économique, politique, idéologique) que n’offrent pas les autres discours de philosophie politique. Bien entendu, ce que montre l’ouvrage d’André Tosel, c’est que le processus de mondialisation n’a pas supprimé la domination, mais qu’il l’a déplacée géographiquement et qu’il l’a transformée dans ses modalités ; par suite, il se livre à une intéressante tentative de questionner ce que signifie, pour un tel monde, la notion même de « pouvoir ».

Enfin, il nous invite à réfléchir à la forme que peut prendre l’action politique dans un monde métamorphosé sous l’effet de la globalisation économique. Ce point me paraît personnellement représenter l’enjeu le plus important du livre : tandis que les catégories de la théorie politique ont été conçues dans la perspective d’un projet, le projet des Modernes, accordant une place centrale à une entité (le sujet de droit ou le peuple) agissant dans un cadre public rationnel et unifié (l’Etat), comment désormais – c’est-à-dire en dehors de ce cadre instituant – concevoir aussi bien l’être en commun que l’intérêt général ? En d’autres termes, de quelle manière aujourd’hui se figurer tant la capacité de créer une collectivité sensée que le but légitime que cette dernière est susceptible d’assigner à son action ?

 

Thierry Ménissier




PS : Le texte de présentation du livre de Tosel que j'ai prononcé lors de sa venue à Grenoble se trouve ici : http://tumultieordini.over-blog.com/article-33818118.html
 

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