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29 septembre 2010 3 29 /09 /septembre /2010 22:19

 

Par Thierry Ménissier

 

Le banquet philosophique du samedi 18 septembre dans la salle de la Richardière de Saint-Martin d’Uriage a bien eu lieu : j’y étais !

Je l’ai même animé, l'image en témoigne.

banquet_18-10-10.JPG

Imaginez treize tables de huit à dix personnes, composées d’amateurs de philosophie de tous âges, de philosophes de métier de toutes les sensibilités possibles, et enfin d’étudiants. Nos invités prestigieux, philosophes à la carrière remarquable et à l’œuvre considérable, n’ont pas été les derniers à s’attabler et à se disséminer au milieu des gens… « normaux » ! Quelle expérience originale inventer pour réunir ces gens si différents, autour d’un bon dîner, et leur offrir un moyen de pratiquer la philosophie ensemble ? Je dois faire cet aveu : enseignant confirmé par une pratique longue et variée, rompu à l’exercice de la philosophie grand public depuis plusieurs années, cette question m’a plongé pendant les jours précédents dans un abîme de perplexité, et je n’en menai pas large sur les coups de 20 h en pénétrant dans l’arène.

 

Alors j’ai proposé ceci – inspiré, je le confesse, par le remarquable numéro de Philosophie Magazine de mars 2009 intitulé : « Et si…17 penseurs inventent le futur » (voir le sommaire du numéro complet ici : http://www.philomag.com/fiche-ancien-numero.php?id=29 ; on y accède aussi au sommaire précis du dossier).

 

philomagETSI

 

Ensuite chaque tablée disposait de 30 à 40 minutes pour inventer et proposer quelques séquences de « et si… », puis devait les livrer à la réflexion des autres tables.

 

Ce qui fut aussitôt fait avec un bel enthousiasme !

Chaque table – que la salle s’est amusée à baptiser en fonction de son orientation philosophique – a ensuite « planché » sur le thème de son choix, pour un résultat étonnant de poésie, de drôlerie, d’inventivité et parfois de gravité.

 

Voici les thèmes qui ont été traités collectivement dans une débauche de bonne humeur et de joie de penser, dans l’ordre de leur passage. J'espère que cette mémoire du banquet donnera envie d'y réfléchir, en montrant qu'on peut très bien philosopher de manière sérieuse et légère tout à la fois. Évidemment, il faut imaginer le tout dans un contexte plutôt...festif :

 

  • Et si on désignait les présidents de la République au tirage au sort, tandis que Miss France quant à elle serait élue au suffrage universel obligatoire, sous peine de déchéance des droits civiques ? Après une rapide discussion, la salle a proposé de baptiser cette tablée : « Geneviève de Fontenay ». Le résultat de la spéculation autour de cette étrange perspective constitutionnelle fut…délirant, mais passionnant !

  • Et si le si était là ? La table, qu’on aurait pu nommer « Mozart », a gaiement préféré le nom plus populaire de « Johnny ». Après un accouchement sans douleur, le résultat des cogitations fut fort poétique, et Heidegger n’aurait pas démenti leur belle envolée…

  • Et si on était obligé de toujours dire ce que l’on pense ? La table dite des « Enfants » a éprouvé une réelle difficulté à se tirer d’affaire avec la discussion sur laquelle planait les ombres bienveillantes de Kant et de Constant à propos du « prétendu droit de mentir ». Conclusion : si l’on était obligé à une telle chose, il y aurait probablement une sorte d’enfer à la place des relations humaines !

  • Et si tout le monde parlait la même langue ? La table « Babel Oued », ayant longuement pesé le pour et le contre, estima avec une forme de scepticisme que la réduction de tous les idiomes de la Terre à un seul et unique ne serait pas une chose si souhaitable qu’il y paraissait initialement, et qu’on s’ennuierait passablement à tous s’entendre aussi bien.

  • Et si l’on se réjouissait du présent ? Evidemment, ce cénacle très « Carpe diem » n’a pas refusé son baptême sous le nom très approprié à Uriage de « Epicure thermal ». Il était moins prévisible que la leçon de cette remarquable vue allait être…qu’il n’y aurait plus rien à dire devant tant de bonheur de vivre !

  • Et si l’on supprimait les livres ? Comme cette table a initialement suggéré d’autres séquences du même ordre (Et si l’on supprimait les hommes politiques ? Les musées ?), les autres tables – prenant sans doute ce louable courage philosophique de « mise entre parenthèses » pour une forme de ressentiment ? – ont d’autorité baptisé leurs voisins « Les privés de dessert ». Eh bien, si l’on supprimait les livres, que resterait-il de la culture, et du langage lui-même ? Pas grand-chose – et cela ressemblerait peut-être à ce vers quoi tend parfois notre monde : un univers médiatique, où le langage oral domine comme la culture visuelle ; d’ailleurs un membre du groupe avait subtilement proposé : Et si l’on ne changeait rien ? Mais quelqu’un a aussi avancé cette hypothèse révolutionnaire : on supprimerait alors tous les textes sacrés : plus de Bible, de Coran et de Torah. Et la salle se trouva tout à coup silencieuse devant une telle remise en cause de l’autorité spirituelle.

  • Et si la télépathie devenait le moyen principal de communication entre les hommes ? La table des… « X-men » a passionné l’assemblée avec les vastes – et très contradictoires – perspectives de gens qui s’entendent tout le temps penser les uns les autres. Difficile de ne pas être à l’écoute des autres, si les gens pensent tout le temps tout haut…Mais alors qui pense quoi ? Nous sommes devenus un moi collectif ? Est-ce que l’on peut tout de même un peu jouer, un peu feindre, un peu se dérober aux autres ? Pas sûr. Mais alors…quelle horreur !

  • Et si tout citoyen devenait philosophe ? La salle n’a pas reculé devant son indignation, et a, d’autorité, imposé à ce groupe le nom de « fayots ». Mais ces aimables platoniciens ont tout simplement trouvé la clé du bonheur civil : si tout citoyen devenait philosophe, chacun serait enfin tranquille avec ses voisins.

  • Et si on désobéissait ? ont demandé les « Zados », en anticipant la session du lendemain matin consacrée à l’autorité. La réponse : incontestablement, on s’amuserait bien au début, mais au bout d’un certain temps, assez rapide d’ailleurs, on ne s’amuserait plus du tout.

  • Et s’il était deux fois ? Subtilement, les… « Chouchous » (j’avoue mon faible) se sont fait nietzschéens, et ont envisagé sans retenue les conséquences de l’éternel retour du même. Zarathoustriens en diable, au terme d’un magnifique raisonnement, ils ont finalement évoqué le miracle de l’instant, la beauté de l’accueil du présent. L’intensité incroyable de l’unicité du moment. Le bonheur étrange qu’il y a à se savoir éphémère.

  • Rassemblant bien entendu les plus jeunes, « L’avant-garde » s’est risquée à se demander tout la fois : Et si après c’était tout de suite ? Et si nous avions des valeurs ? Et si nous étions différents ? Et si nous vivions dans le même monde ? Réponses variées, mais, manifestement, obligation est faite de changer le monde, et vite.

  • La table « Attac » s’est révélée par son engagement et par sa rigueur morale, avec Et si le monde était gouverné par les femmes ? Et si personne ne se déchargeait de ses responsabilités ? Et si l’on supprimait la dette du Tiers Monde ? Avec conviction, démonstration fut faite que le monde se porterait mieux.

  • Enfin, les « Innommables » ont planché sur le grand classique Et si les philosophes étaient au pouvoir ? Belle question pour terminer – une des perspectives travaillées disait que l’on n’aurait plus besoin d’organiser les Rencontres philosophiques d’Uriage, car elles auraient lieu tous les jours !

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